La majeure partie de l’électricité en France provient de l’énergie nucléaire. Présentée dans les années 1980 comme le « must » de la technologie française, le nucléaire cache une réalité bien plus sombre. Risque d’accident, anomalies au cœur des réacteurs, endettement abyssal, production de déchets radioactifs pendant des millénaires… Découvrez le vrai visage de l’électricité nucléaire en dix chiffres.

58 réacteurs nucléaires

Dix-neuf centrales nucléaires, avec un total de 58 réacteurs, produisent de l’électricité en France. Ces réacteurs sont situés le long des fleuves et des côtes, un peu partout sur le territoire. Résultat, deux Français sur trois vivent à 75 km d’une centrale nucléaire et ne sont pas à l’abri en cas d’accident nucléaire majeur. Ces risques concernent les Français, mais aussi les habitants des pays voisins, en raison de l’emplacement de certaines centrales nucléaires proches des frontières de la Belgique, de l’Allemagne, de la Suisse et du Luxembourg.

75 % de l’électricité française

Environ 75 % de l’électricité produite en France est d’origine nucléaire. Cela explique pourquoi la France produit encore très peu d’électricité renouvelable : le nucléaire mobilise la majeure partie des investissements depuis des décennies et agit comme un verrou. La loi sur la Transition énergétique adoptée en 2015 fixe comme objectif de réduire la production d’électricité nucléaire à 50 % et d’augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix électrique. Pour y arriver, il faut commencer à fermer des réacteurs nucléaires.

0 réacteurs nucléaires fermés

À ce jour, aucun réacteur nucléaire, sur les 58 que compte la France, n’a encore été fermé, malgré les engagements pris depuis 2012 par François Hollande et réaffirmés par Emmanuel Macron lors de son élection en 2017. Ces engagements, traduits par la loi sur la Transition énergétique votée en 2015, n’ont donc pas été respectés. Rien n’a encore été mis en place pour respecter ce cap de 50 % de nucléaire en 2025. L’échéance de la loi a même été repoussée.

40 ans d’âge

C’est l’âge limite de fonctionnement prévu pour un réacteur nucléaire. D’ici à 2025, les deux tiers du parc nucléaire français auront atteint leur 40 ans, durée de vie pour laquelle les réacteurs ont été construits. EDF, l’exploitant des réacteurs nucléaires français, souhaite prolonger la durée de vie des réacteurs de dix, voire de vingt ans. Prolonger la durée de vie des réacteurs implique d’investir massivement dans la mise aux normes de sûreté et de sécurité des réacteurs, de s’assurer que le vieillissement ne les empêche pas de fonctionner correctement et d’être en capacité de financer les coûts liés à leur prolongation. En réalité, EDF est très loin d’en avoir les moyens.

1 063 anomalies dans les réacteurs nucléaires

À ce jour, plus d’un millier de pièces forgées présentant des anomalies étaient recensées dans les 58 réacteurs nucléaires français. Ces pièces ont toutes été fabriquées dans l’usine Creusot Forge qui, en connaissance de cause, a falsifié les dossiers de contrôle qualité de ces pièces alors qu’elles comportaient des anomalies de fabrication. Une enquête judiciaire est en cours.

Chantier de l'EPR nucléaire à Flamanville

67 milliards d’euros de dettes

C’est le montant de la dette brute d’EDF en 2018. Cette dette est principalement due au fait que l’industrie nucléaire n’est plus rentable et que plusieurs investissements dans des projets nucléaires en France et à l’étranger ont été toxiques pour les finances de l’entreprise. Le coût de l’EPR de Flamanville, qui n’est toujours pas terminé, a plus que triplé. En décidant d’investir coûte que coûte dans la construction de deux EPR en Angleterre à Hinkley Point, EDF s’est mise en danger de faillite. Elle prévoit en effet de dépenser 22 milliards d’euros pour ce projet. Autant de milliards qui ne seront investis ni dans les énergies renouvelables, ni dans la maintenance et la sûreté nucléaires qui posent déjà de grandes difficultés techniques et financières.

10 milliards d’euros d’argent public

C’est le montant de l’argent public qui a permis de soutenir le nucléaire entre 2015 et 2017, dont 4,5 milliards d’euros pour financer l’opération de sauvetage de l’entreprise Areva (rebaptisée Orano depuis), 3 milliards d’euros injectés dans le capital d’EDF, et plus de 2 milliards d’euros de manque à gagner pour l’État à partir du moment où il a renoncé à prélever ses dividendes en tant qu’actionnaire majoritaire d’EDF. L’État français reste le principal actionnaire d’EDF (à hauteur de 83,4 %) et donc le principal décisionnaire. Alors que les coupes budgétaires se multiplient pour réduire le déficit public, l’État continue à mettre les industriels du nucléaire sous perfusion.

7 piscines olympiques de déchets radioactifs chaque année

La quantité de déchets nucléaires radioactifs que produit l’électricité nucléaire chaque année représente 23 000 m3, soit de quoi remplir allègrement sept piscines olympiques tous les ans. Une partie de ces déchets sont hautement radioactifs et le resteront pendant plusieurs milliers d’années. Et c’est sans compter les montagnes (1 200 tonnes chaque année) de combustible usé qui, une fois sorties du cœur du réacteur, sont refroidies dans des « piscines » à côté des réacteurs nucléaires mais que les autorités ne comptabilisent pas officiellement comme des « déchets » car elles sont dites « recyclables ». En réalité, elles s’accumulent dans 63 « piscines nucléaires » en France. Dans celles de La Hague plus de 10 000 tonnes y sont entreposées. Il faut y ajouter l’uranium de retraitement : actuellement plus de 30 000 tonnes s’entassent à Pierrelatte. Et également les millions de mètres cubes de déchets radioactifs liquides rejetés dans la mer de La Manche par l’usine de La Hague…

Moins de 1 % de déchets nucléaires recyclés

Le volume de matières nucléaires recyclées est extrêmement faible, alors qu’EDF et Orano (ex Areva) s’évertuent depuis des années à faire croire au recyclage de leurs déchets. Le Haut comité pour la transparence et la sûreté nucléaire (HCTISN), une instance officielle, a publié un rapport dans le courant de l’été 2018 dans lequel il est admis que moins de 1 % des matières nucléaires sont réellement recyclées. De leur côté, EDF et Orano veulent faire croire que 96 % des matières nucléaires seraient recyclées… Une façon de tenter de faire passer la pilule des déchets nucléaires ? En réalité, il n’existe à ce jour aucune solution pour gérer le fléau des déchets nucléaires, dont une partie reste très radioactive pendant des milliers d’années.

Crédits photos : © Martin Storz / Greenpeace – © Pierre Gleizes / Greenpeace